Montreal International reggae festival

Montreal International reggae festival

# Posté le mardi 16 août 2005 02:19

Modifié le mercredi 17 août 2005 08:30

Magazine Ragga (Juin 2005) Par Gilbert Pytel/Photos Philippe "FBI" Mazzoni

Magazine Ragga (Juin 2005) Par Gilbert Pytel/Photos Philippe "FBI" Mazzoni
SAEL

Sael fait partie des rares chanteurs reggae francophones qui possède le potentiel de faire connaître sa musique à une plus large échelle. Son second disque en solo devrait mettre tout le monde d' accord et le faire entrer dans le cercle très fermé des artistes qui transforment ce qu' ils touchent en or.

Lorsque l'on rencontre Sael et qu'on passe un peu de temps avec lui, on se rend rapidement compte que c'est un artiste humble et attachant à plus d' un titre. Alors qu' un nombre non négligeable d' artistes jouent un rôle et ne ressemble que très peu à leur image publique, notre chanteur reste fidèle à sa nonchalance habituelle et caractéristique. Il se plie de bonne grâce à n?importe quelle session photo même lorsqu' il s' agit de poser sous le cagnard de midi pendant un bon moment. Il est capable d'attendre que la pluie veuille bien cesser de tomber même si le déluge dure plus de deux heures. Après une interview qui a duré plus que de raison, on peut toujours lui demander une précision sans qu' on n' est jamais l' impression de le déranger. Bref, vous l' aurez sans doute compris, Sael est un artiste qu' on aime tout particulièrement . Comme son album est quasi-exclusivement composé de magnifiques chansons, c' est avec plaisir que l'on a directement pris l'avion jusqu'à Fort-De-France pour aller le rencontrer.

Revenons un peu sur le DVD live que tu as sorti dernièrement?
Sael : Cela s' est fait dans la continuité de mon premier album. En fait, quelqu' un avait enregistré l' un de mes concerts en Martinique et l' a sorti en disque pirate. De plus ne plus de gens nous demandaient où l' on pouvait trouver ce disque live. Du coup, mon producteur a organisé un concert privé qu' on a enregistré et filmé.

Pourquoi cet album a-t-il mis tant de temps à sortir ?
S : Lorsque j' ai eu suffisamment de choses à dire, on a commencé à travailler sur ce disque. J' aime bien prendre mon temps. Cela dépend de mon inspiration et de mes émotions.

Vous avez décidé d' enregistrer ce disque en partie à Paris
S : Comme nous étions en métropole pour faire quelques concerts, on en a profité pour réaliser quelques titres aux studios Marcadet. De plus, il y a plus de connections et de choix à Paris au niveau des musiciens. Enfin, les studios sont beaucoup moins chers en métropole.

Tu as choisi de travailler une nouvelle fois avec Levy?
S : C'est en quelque sorte mon directeur artistique. Comme je travaille avec lui depuis mes débuts et que tout se passe bien, il n' y a pas de raisons qu' on ne continue pas à bosser ensemble. On se connaît très bien tous les deux. Notre association est très complémentaire.

Je crois savoir que depuis quelques années, tu écoutes également autre chose que du reggae?
S : A la base, je suis un mélomane qui écoute quantité de musiques différentes : reggae, rap, R N B, variété française, musique africaine etc. Dès que je ressens la vibes d' un morceau, j' adhère. J' achète beaucoup d' albums, c' est l' un de mes hobbies. J' aime essentiellement les chansons à textes c' est pour ça que j' écoute des artistes comme Francis Cabrel, Daniel Balavoine, Booba ou Renaud. Cela m' inspire et cela m' aide à écrire mes lyrics. J' élargis les thématiques de mes chansons tout en gardant ma touche personnelle. Je trouve également des mélodies intéressantes et moins agressives. De toute façon, je ne me vois pas écouter uniquement du reggae toute la journée.

Comment as-tu réussi à gérer ton importante popularité en Martinique ? Et les sollicitations permanentes ?
S : C?est bien que l'on t'apprécie mais parfois les gens t'étouffent et c'est assez difficile à supporter. Chaque fan veut sa part et «son bout» de l'artiste, Comme la Martinique est un petit pays, on arrive tout de même à gérer.

T'arrive-t-il d'avoir envie de te mettre à toaster ?
S : Avant d' être chanteur, j' adorais faire le DJ. Par exemple, c' est ce que je fais sur l'album Caribbean Sessions. Teddy du KSS voulait que j' écrive un texte sur ma façon de voir la musique. Je trouve que ça évolue assez mal : les gens disent qu' ils adorent le dancehall alors que ce n' est souvent qu' un phénomène de mode pour eux. Pas mal de DJs apparaissent en voulant clasher tout ce qui bouge. Il ne faut pas faire n' importe quoi : dans toutes choses il y a des règles qu' il faut respecter. Le titre Les Pendules A L' Heure est un hommage à tous les «vrais», que ce soit les artistes, les producteurs ou même les magazines (sourire) : tous ceux qui se battent pour le reggae.

Lorsque l' on reste quelque temps avec toi, on s' est assez frappé par ta nonchalance naturelle, pour toi, quels sont les qualités et les défauts d' avoir ce caractère dans le business du reggae?
S : Ce qui est clair, c?est que je n' ai pas le même stress que pas mal d' autres artistes. Je ne vais pas sortir des morceaux uniquement pour être dans l'actualité. Même si je sais que ce sera difficile, j' ai tendance à vivre au jour le jour. En fait, je n' aime pas me prendre la tête inutilement.

Sais-tu pourquoi il existe aussi peu de chanteurs dans le reggae Antillais ?
S : D' abord, il est plus facile de toaster que de chanter. Avec le chant, tu n' as pas le droit à l' erreur. Néanmoins, les deux sont complémentaires. Ensuite, les jeunes aiment bien écouter des trucs speed et du bogle pour pouvoir se défouler. Ce qui compte pour eux, ce sont les riddims et le style qui sont primordiaux. Les gens ne prennent pas forcément le temps d' écouter les lyrics et c' est bien dommage.

Tu ne te sens pas un peu seul alors?
S : C' est pour ça que je cherche des amis dans la variété (rires). Plus sérieusement, heureusement qu' il y a des artistes comme Lyricson ou bien Straïka.

Parlons un peu des différents featurings qu' on retrouve sur ton nouvel album : Manu, Daddy Mory, Singuila ?

S : J' ai choisi Manu du Baobab parce que c' est quelqu' un que j' aime beaucoup. Déjà, je kiffais bien le titre Naturelle. On s?est rencontré à Tahiti et je me suis aperçu qu' on était tous les deux sur la même longueur d' onde. Pour Singuila, j' avais déjà fait un titre avec lui sur son premier album. Enfin, Daddy Mory est quelqu' un que je respecte. Les Raggasonic sont des gars qui nous ont pas mal inspirés au départ. En plus, c' est un DJ très scénique et très rough. Enfin, il y a aura aussi un featuring avec Admiral T. Il y a plein d' artistes avec lesquels j' aurais voulu faire des duos : Straïka, Yaniss, Matinda, Lyricson, Akon, Booba...Après c' est une question de temps et d' argent.

Sur plusieurs titres de ton album, tu abordes des thèmes assez originaux?
S : Mon disque s?ouvre avec un morceau sur la nature. Je m' adresse aux hommes afin de leur dire que lorsque le soleil brille, il brille pour tout le monde sans exception. Nous, on est incapable de le faire. Nous redevenons humain uniquement lorsqu' il y a des catastrophes naturelles. En quelque sorte, c' est la nature qui nous rappelle à l' ordre. Autre exemple, j' ai écrit un texte sur la rumeur. En tant qu' artiste, tu es victime de beaucoup de rumeur et de toutes sortes de bruits qui sont souvent infondées. Comme je le vis tous les jours, j' ai voulu faire un titre sur ce problème. Tant pis pour toi si tu écoutes les fausses rumeurs et si tu les colportes. Malheur à celui qui véhicule des faux discours sur son prochain. J' ai vraiment l?impression que les gens s' ennuient dans leur vie quotidienne et qu' ils veulent diriger la tienne et faire de toi leur pantin? J' ai aussi fait un titre sur les Politiciens. Là où j' habite, on sait qu' à chaque élection, on va les voir venir faire leur beau discours et promettre du travail pour tout le monde (sourire). Franchement, je pense que 80% des hommes politiques ne sont là que pour leur profit et celui de leurs proches. J' estime qu' être un leader n' est pas donné à tout le monde, il faut avoir énormément d'amour et de tolérance en soi. Enfin, je parle aussi des femmes mais toujours en essayant de trouver des façons originales d' aborder ce sujet. J' espère apporter quelques minutes d' évasion aux gens avant de revenir sur terre. On peut faire des textes sur les femmes sans forcément parler uniquement de cul et de seins, il suffit de se creuser un peu la tête?

Préfères-tu faire rêver les gens ou plutôt les faire réfléchir ?
S : Lorsque je regarde la plupart de mes textes, j' ai plus tendance à faire réfléchir. Ensuite, lorsque tu as bien réfléchi, tu peux aller danser (sourire). Je trouve que les artistes ont parfois peur de dire des choses différentes et d' amener de nouvelles idées. Il est plus facile de se cacher derrière des clichés mille fois entendus.

J' ai l' impression qu' aujourd' hui, tu as moins besoin de revendiquer ouvertement ta foi?
S : Quand je suis arrivé, il fallait que je me présente au public. Maintenant, je peux parler de Dieu sans toujours le faire d' une façon directe. Ce sont les hommes qui ont crée les religions et c' est à travers tes actions qu' on va reconnaître qui tu es. Je parle d?un Dieu universel qui n' a pas de nom précis. Je sais en qui je crois, mais la foi est quelque chose de personnel, je n' ai pas besoin de l' étaler. Je chante pour tous les gens qu' ils soient croyants ou pas. Il est toujours délicat d' aborder certains sujets.

Il existe une prise de conscience des médias et de l' État par rapport à la question de la commémoration de l' esclavage. Quel est ton point de vue ?
S : Il faut un jour férié pour commémorer les quatre cents ans d' esclavage. Ce serait un bon point de départ, cela montrerait que quelque chose s' est passé. De toute façon, nous ne sommes pas encore totalement libres car l' esclavage existe encore dans nos têtes. On est parfois esclaves de toutes nos peurs ou de nos vanités. Ce sont des séquelles directes de l' esclavage.

Il n' y a pas de texte en créole sur cet album ?
S : J' avais commencé à en écrire un, mais je ne l' ai pas terminé à temps. Cet album a été conçu pour toucher un large public, il est dans la continuité du premier. J' ai envie d' exporter ma musique en dehors des Antilles. Le français est une langue que j' aime bien manier. C' est une langue très poétique, mais qui est difficile à chanter. C' est un challenge que je me suis lancé. Ces temps-ci, j' ai envie de parler pour les jeunes qui s' entretuent parfois pour un mot de trop. J' ai l' impression qu' on s' identifie trop aux Américains. Les gens regardent la télé à longueur de journée, ils copient les clips qu' ils voient sur MTV ou BET en portant des bandanas, des casquettes ou des flingues. C' est un truc vicieux, il faut faire très attention. Aujourd' hui, les gens vénèrent trop la télévision, ça en devient maladif. Pour eux, c' est une boîte magique : tout ce qu' on y voit est forcément vrai. Les personnes devraient observer, prendre du recul et comprendre comment les choses se déroulent. Aujourd' hui, tout le monde veut être un bad boy pour être respecté. Du coup, les gens ont peur les uns des autres. Je ne vois pas de solutions pour le moment, personne n' a envie ni intérêt à en trouver et surtout pas les politiciens.

Quelle est la situation par rapport au crack aux Antilles ?
S : C' est toujours aussi alarmant. Cela fonctionne par vague de violence. Il s'avère que les jeunes se défoulent en bande avec des armes. Il faut se tenir loin de ses trucs là pour se protéger. Parfois, je me retrouve dedans sans le vouloir : j'habite dans une cité et je connais plein de voyous. J' aime bien ces gens-là qui sont parfois plus vrais que ceux qui sont en costars cravates. Je ne juge pas les personnes autour de moi et j'ai envie de vivre avec tout le monde. C' est malheureusement comme ça que le système fonctionne et on ne pourra certainement pas le changer du jour au lendemain. Il est néanmoins important d' alerter les gens sur ce qui se passe autour d' eux.

On ne voit pas souvent ton nom sur les mix-tapes ?
S : C' est vrai. De toute façon, je n' aime pas trop me disperser. Comme on dit, ce qui rare est beau. Si on m' entend partout, je pense que je perdrais un peu mon charme et de mon intérêt. Il faut prendre son temps pour travailler son style et apporter quelque chose de nouveau à chacune de tes sorties.

Qu' espères-tu que cet album apportera au public qui l' écoutera ?
S : Franchement, j' ai juste envie de mettre les gens bien. Je donne des exemples de façon de vivre dans la plupart de mes textes. Il faut qu' on soit respectueux de la vie, que chacun d' entre nous possède des fondations solides, une spiritualité ou bien une envie de se battre pour quelque chose. Je pense que si les jeunes s' éduquaient un peu plus il y aurait moins de problèmes. Ils ont trop tendance à fuir l' instruction et forcément il y a plein de choses qui leur échappent dans la vie quotidienne. Il y a de quoi s' alarmer. Par exemple, peu de gens ici savent que le crack a été crée aux Etats-Unis pour tuer les noirs dans les ghettos. Et les gars continuent à vendre cette merde. Mettre si ça rapporte beaucoup d' argent, je trouve que vendre du crack c' est baisser les bras et entrer dans la facilité. Cela ne peut pas être gratuit. Je crois que l'on récolte toujours un jour ce que l' on sème. Je n' oublie pas non plus qu' il y a des gens qui sont excusables parce qu' ils n' ont parfois pas d' autres choix pour pouvoir survivre?

Quels sont tes projets par rapport à la scène ?
S : J' espère pouvoir faire une grosse tournée en live en métropole avec le groupe RMTG. Cela dépendra de l' impact qu' aura mon album en France et ailleurs. En Martinique, les gens me connaissent déjà presque tous. Je pense qu' il est très important de pouvoir aller jouer régulièrement à l' étranger. Tu as toujours tendance à penser que tu es le centre du monde et lorsque tu commences à voyager, tu vois d' autres façons de penser. C' est ce qui permet de te remettre en question. Lorsque tu vas en Jamaïque, tu vois la pauvreté, en Nouvelle-Calédonie, tu apprends ce qu' est l' humilité alors qu' au Canada tu t' aperçois que les gens vivent très bien ensembles malgré leurs différences. Au final, il n' y a que deux races sur terre : les vrais et les faux.

J' aimerais que tu réagisses à une phrase qu' a dite Eric Abidal, le défenseur de l'équipe de Lyon lorsqu' on l' interrogeait sur la constitution européenne : « je ne vote pas, ça ne sert à rien. En plus, je ne suis pas européen, je suis martiniquais »
S : Quelque part, je lui donne raison parce que je ne vote pas. Mais, je ne dirais jamais à personne de ne pas voter : chacun son opinion. On est martiniquais, mais on dépend de la France et donc de l' Europe. Il serait bien que l' on puisse gérer nous-même nos affaires même si je pense qu' il est trop tard pour parler d' indépendance. Notre pays ne possède pas assez de matières premières. Il faut que l' on aille de l'avant. Si on remonte plus loin dans le temps, ici, ce n'est pas chez nous, on vient de l' Afrique et l' on travaille sur le territoire français. Maintenant, on est des hommes libres et chacun mène son bateau comme il veut.

# Posté le mardi 16 août 2005 02:10

Modifié le vendredi 19 août 2005 12:01

Sael & Friends (photo : Hugues lawson)

Sael & Friends (photo : Hugues lawson)
Valley, Pleen & Sael

# Posté le mardi 16 août 2005 00:24

Modifié le jeudi 31 mai 2007 20:04